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Samedi 09 Février 2008
IRAN : Quand Ahmadinejad réussit à fâcher Moscou
8 févr. 2008
Téhéran a inauguré, le 4 février, son premier centre spatial en faisant montre de son savoir-faire et de ses prouesses techniques. De quoi raviver les soupçons sur ses ambitions nucléaires. Une initiative qui risque avant tout de troubler ses relations avec son allié russe, souligne The Daily Star de Beyrouth.
Le gouvernement iranien a superbement progressé cette semaine dans sa campagne active pour ruiner sa propre image sur la scène internationale.
Alors que beaucoup continuent d'être préoccupés par la volonté du président des Etats-Unis George W. Bush de trouver, avant son départ de la Maison-Blanche, un prétexte pour attaquer l'Iran – ou pour qu'Israël s'y emploie –, on aurait pu penser que Téhéran choisirait une autre stratégie. Mais le président iranien Mahmoud Ahmadinejad vient encore de fournir à Bush de quoi consolider sa propagande et réunir les soutiens nécessaires à une offensive, tout en plaçant dans une position inconfortable la Russie – qui joue pourtant un rôle central en freinant les velléités occidentales de durcissement contre l'Iran.
La dernière gaffe en date – l'annonce de tests sur une fusée conçue pour mettre un satellite iranien en orbite – est particulièrement monumentale, puisqu'elle met en jeu simultanément plusieurs leviers dangereux. En effet, les technologies de mise sur orbite des satellites ne diffèrent pas tellement de celles nécessaires à la mise au point d'un missile balistique longue distance à grande capacité d'emport et pouvant être équipé d'une tête nucléaire. Les tests annoncés font donc directement le jeu de tous ceux qui militent pour que les Etats-Unis attaquent la République islamique au motif de son programme nucléaire.
Comme si cela ne suffisait pas, ces tests risquent aussi d'envenimer les relations de Téhéran avec la Russie, qui s'évertue depuis des mois à empêcher les Etats-Unis d'installer un bouclier antimissile en Europe de l'Est. Alors que l'OTAN est déjà à ses portes, ce système a pour but, estime Moscou, d'anéantir la capacité de dissuasion que représente l'arsenal de missiles russes depuis la fin de la guerre froide et la réduction draconienne des forces aériennes, terrestres et navales de la Russie. Ce que Washington nie catégoriquement, affirmant que le bouclier a pour véritable objectif de se protéger des missiles iraniens. Les Russes ont proposé de donner accès à leurs propres radars, pour permettre aux Etats-Unis de garder l'œil sur la prétendue menace iranienne sans pour autant saper la force de dissuasion de Moscou. Et dans tous les cas, plaidait le Kremlin, on avait largement le temps de négocier pour trouver une solution, puisqu'il fallait encore des années à l'Iran pour mettre au point un tel arsenal.
Autant dire que Téhéran vient de couper l'herbe sous le pied des Russes. L'initiative iranienne "nous inquiète naturellement, nous comme les autres", a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Lossioukov, prenant acte de ce faux pas. Parallèlement, son ministre Sergueï Lavrov s'attachait toujours à dénoncer ce qu'il appelle "la pensée impériale", qui sous-tend les projets américains d'installation d'un système "concentré à nos frontières". Il risque désormais d'avoir plus de mal à plaider la cause russe.
La Russie a pourtant fait preuve ces derniers temps de beaucoup de bonne volonté à l'égard de l'Iran. Il y a certes eu des contretemps, mais Moscou a défié Washington en construisant la première centrale nucléaire de la République islamique et en fournissant le combustible nécessaire à son fonctionnement. La Russie fait par ailleurs équipe avec la Chine pour empêcher les Américains et leurs alliés d'adopter la moindre sanction contre Téhéran pour son refus de suspendre son programme d'enrichissement d'uranium. Et voilà comment Ahmadinejad remercie ses amis...
The Daily Star
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